Publié en 1511, l'« Éloge de la Folie » fait parler la Folie elle-même, qui célèbre son pouvoir sur les hommes et dénonce, par une ironie paradoxale, leurs prétentions à la raison. Sous le jeu de
Publié en 1511, l'« Éloge de la Folie » fait parler la Folie elle-même, qui célèbre son pouvoir sur les hommes et dénonce, par une ironie paradoxale, leurs prétentions à la raison. Sous le jeu de l'éloge burlesque se déploie une critique acérée des théologiens pédants, des courtisans, des princes, des juristes et des dévots qui trahissent l'esprit véritable du christianisme. La prose, vive, savante et semée d'allusions à l'Antiquité, conjugue satire ménippée, paradoxes humanistes et humour carnavalesque. Les illustrations de Hans Holbein, selon les éditions qui les réunissent au texte, prolongent cette lecture en donnant une forme visuelle aux grotesques sociaux et aux ambiguïtés du discours érasmien. L'œuvre s'inscrit ainsi dans l'humanisme de la Renaissance, à la veille des grandes controverses religieuses. Érasme de Rotterdam, figure majeure de l'humanisme européen, fut un philologue, théologien et pédagogue profondément attaché à l'étude des textes anciens et à une réforme morale de l'Église. Son expérience des milieux monastiques, universitaires et ecclésiastiques nourrit une critique dirigée non contre la foi, mais contre la superstition, l'hypocrisie et le formalisme. L'ironie lui permettait de corriger les abus sans renoncer à l'idéal évangélique de simplicité et de charité. Ce livre est vivement recommandé à quiconque souhaite comprendre la puissance critique de l'humour savant. Accessible par son invention comique, il demeure exigeant par ses références et fécond par ses ambiguïtés. Il invite le lecteur à rire des autres, puis à reconnaître en lui-même les illusions que la Folie prétend célébrer.